|
Alors, qui tient concrètement les rênes de cette conservation ? Les BINGO.On appelle ainsi les grandes ONG internationales de conservation : WWF, WCS, Conservation International, The Nature Conservancy. Dans la logique néolibérale, les donateurs du Nord global préfèrent leur confier leur argent plutôt qu’aux gouvernements du Sud global, qu’ils jugent trop corrompus, trop inefficaces. Entre 1990 et 2001, l’agence américaine USAID a versé environ 270 millions de dollars à des entités privées pour la conservation. De cette somme, 45 % ont été versés à un seul destinataire : le WWF. Ces organisations grandissent à une vitesse vertigineuse. Et leur rôle évolue : du simple conseil technique, elles passent parfois à la cogestion, voire à l’administration directe de territoires entiers. Elles recrutent leurs propres gardes. Elles fixent les agendas. Elles sont devenues des États dans les États. Aujourd’hui, African Parks, qui compte le prince Harry parmi ses administrateurs, gère à elle seule 20 millions d’hectares dans 13 pays africains : une superficie plus grande que le Sénégal. Et qui dirige ces grandes ONG ? Une analyse des 111 membres des conseils d’administration des BINGO révèle que plus de la moitié sont issus du secteur financier : banques d’investissement, fonds de capital-investissement, filiales de Goldman Sachs, etc. (African Arguments, 2023)
|